Bientôt 40 ans au service de l’enseignement des Langues en IUT !

 

Souvenirs d’APLIUTIE….

Jacquespar Jacques KUHNLE

 

 

Même défaillante ou plutôt « à accès aléatoire » comme on disait dans mon ancien département Génie Electrique, ma mémoire a conservé en stock une foule de souvenirs liés à l’APLIUT, généralement de très bons souvenirs. Je n’ai évidemment retenu que des détails matériels (en dehors des activités pédagogiques), le genre de détails que l’on qualifie d’accessoires mais qui marquent l’esprit aussi sûrement qu’une conférence ou un atelier réussis. En vrac :

La création de l’APLIUT et le manque de moyens des forces de l’ordre de l’époque, par exemple l’agent de police assis dans sa voiture devant les locaux de la Secrétaire d’Etat aux Universités, Alice Saunier Séïté, rue Dutot à Paris, en train d’inscrire au dos d’une enveloppe de papier brun déchirée le nombre de manifestants de l’APLIUT venus protester contre la notion de TP en langues (20 selon lui, 40 selon nous). S’il avait fait un peu plus frais ce jour-là, il aurait pu inscrire ce nombre directement sur la buée des vitres de sa voiture. Et ce brave policier ne se doutait pas que parmi les dangereux émeutiers se trouvait une future sous-préfète.

L’Ecole Normale Supérieures de Sèvres, où se sont déroulés les premiers congrès, avec ses escaliers de bois menant aux chambres, tellement patinés et cirés par des générations de Normaliennes qu’avec des chaussures adéquates, j’avais appris à glisser d’un étage à l’autre sans faire un seul pas comme sur un toboggan. Le petit pavillon de l’école et son acoustique du XVIIIe (siècle pas arrondissement).

Gilles Durand (IUT Lyon) et ses dizaines de photographies des auditeurs des conférences. Je l’ai soupçonné un moment de nous mitrailler sans pellicule dans l’appareil mais j’ai pu constater plus tard qu’il n’en était rien en me revoyant tel qu’à l’époque (sans commentaires).

Les soirées passées dans les cafés-théâtres de Paris, le plus souvent 2 spectacles par soirée. Si, c’est possible ! Il suffit d’étudier sérieusement l’Officiel des Spectacles dans le train menant à Paris et d’avoir bien en tête les stations de métro correspondantes ; sinon vous arrivez en retard au Caveau de la République et vous servez de tête de Turc pendant tout le spectacle au chansonnier présent sur scène. C’est là qu’un soir j’ai récupéré la caricature de Georges Marchais faite par l’humoriste –dessinateur Dadzu. Ce pauvre Georges est aujourd’hui soigneusement rangé en attendant qu’un jour peut-être, ou plutôt un grand soir, des paléontologues de ma descendance le redécouvrent et le punaisent eux aussi sur leur mur.

Metz : à 60 km de chez moi mais de l’autre côté d’une frontière invisible, et que j’ai enfin pu découvrir au bout de 50 ans. Son mess des officiers où nous prenions nos repas de midi et les centaines d’ampoules de ses lustres allumées en plein jour.

Saint-Nazaire : une ville où les places de stationnement sont abondantes et gratuites. La folle, mais trop courte hélas, sarabande post repas de gala, avec Andy Arleo et son orchestre.

Tarbes (ou Bayonne ?) : la visite des caves de Madiran. 12° de température dans la cave, 30° à la sortie des chais et un bon 45° dans le bus. La course avec les ânes, qui m’a valu mon seul diplôme post-universitaire.

Angers : le couvent de sœurs où nous dormions sur des matelas fermes, très fermes, pour mieux faire pénitence sans doute. La gentillesse de ses habitants qui n’hésitaient pas à se détourner de leur chemin pour nous trouver le bon restaurant à prix raisonnable ou le parking le plus proche. Ses superbes tapisseries de l’Apocalypse. La voix de la soliste soprano de sa chorale universitaire qui m’avait donné la chair de poule de plaisir et d’émotion.

Cherbourg, où j’avais travaillé dur pour écrire les paroles de la chanson que je voulais dédier à Anne-Marie Dugreez, l’une des organisatrices, sur l’air de « Félicie Aussi ». Le refrain fut repris en chœur par l’assistance. Je sais, ce n’était pas du José Maria de Hérédia, mais ça m’avait amusé et Anne-Marie avait semblé aimer. Je la revois encore se précipiter sur moi, rouge de bonheur, pour me faire la bise !

Grenoble : son Charmant Som, où nous avions attendu impatiemment que les bus nous rejoignent. Pas de chance pour l’un d’eux, le moteur avait rendu l’âme. Le Charmant Som depuis lequel, par beau temps, on a un panorama superbe. Enfin, par beau temps.. Son hôtel de Belgrade où j’avais failli libérer un poste dans mon IUT en essayant d’imiter l’héroïne de Psychose qui s’accroche à son rideau de douche après glissade inopinée dans la douche, puis traversée de la salle de bains à l’horizontale, direction le siphon du lavabo. Résultat : un rideau à refaire, une pomme de douche à installer, un siphon fracassé et-miracle !- seulement un coude douloureux. Et pas de libération de poste, pas de chance pour les vacataires !

Lyon : Notre Dame de Fourvière et son panorama superbe sur la ville, mais qui a une telle influence sur les voitures modernes que la Range Rover de notre organisateur en était toute chamboulée. Au point de devoir être poussée jusqu’au-delà du périmètre maudit.

Auch et sa gastronomie. Au 3e jour du congrès, j’en étais arrivé à : «  Vous n’auriez pas encore un peu de légumes, s’il vous plaît, plutôt qu’une autre tranche de foie gras ou de magret ? »

Que les collègues de villes de congrès non citées Ici ne m’en veuillent pas. Il est bien connu qu’à mon âge, on a tendance à oublier. D’ailleurs, je me rends compte que mes souvenirs sont plus fournis quand j’évoque les années plus lointaines que les années récentes. Mais ce n’est pas un signe inquiétant de vieillissement – j’allais dire de sénilité précoce. C’est simplement qu’à l’époque des débuts de l’APLIUT, tout était neuf pour moi : les nouvelles techniques pédagogiques présentées aux congrès, les rencontres avec des collègues qui sont restés des amis, les villes où je ne serais certainement pas allé de moi-même. La page blanche que j’étais ne demandait qu’à se noircir. Je souhaite à mes jeunes collègues autant de souvenirs que j’en ai retenus et autant de plaisir que j’en ai éprouvé moi-même.

Jacques Kuhnlé

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