COLLOQUE SHESL-HTL 2020

Simplicité et complexité des langues dans l’histoire des théories linguistiques.

Ce colloque a pour objectif d’explorer, à travers l’histoire des théories linguistiques, les manières dont les langues ont été évaluées en termes de complexité. Thèmes : Les hiérarchisations des langues qui ont pu être faites au cours de l’histoire ont souvent participé à la consolidation des idéologies nationalistes, racistes et colonialistes, et se sont montrées en contradiction totale avec l’impartialité scientifique. Mais ces hiérarchisations ne sont pas toutes porteuses d’une même charge idéologique ni à rejeter comme nonscientifiques. Par exemple, on a pu se demander récemment, dans des articles et des colloques, si les langues manifestaient des degrés différents de complexité (cf. Joseph & Newmeyer 2012; voir également le prochain colloque de la SGdS*). Différentes manières d’évaluer la complexité ont été proposées jusqu’à présent. Dans un premier temps, il est commode d’en distinguer deux grandes classes (Miestamo 2008): les évaluations « absolues » sont essentiellement basées sur la longueur de la description grammaticale ; d’autre part, les évaluations « relatives », qui évaluent la complexité en termes de coûts de traitement pour le locuteur et le destinataire. On a parfois regardé les facteurs qui induisent la simplification ou la complexification sous l’aspect de leur interaction, et comme impliquant des compromis, par exemple entre la clarté et la commodité (resp. Deutlichkeit and Bequemlichkeit chez Gabelentz, McElvenny 2017). De la même manière la complexité peut apparaître lorsque des tendances marquées dans certaines langues sont contrées par des intentions expressives et pragmatiques, la fréquence et l’automaticité, des impulsions contradictoires et divers facteurs cognitifs (cf. Bally 1932). L’hypothèse que les langues évoluent depuis un noyau « simple », et peut-être universel, a une longue histoire. Des propositions dans ce sens ont été avancées à propos des créoles ou dans des études sur l’acquisition du langage, dans l’idée, respectivement, que les créoles sont élaborées à partir d’un noyau « simple » ou que l’apprentissage d’une langue seconde en procède (Bickerton 1984; Klein & Perdue 1997). De telles propositions sont reliées à des questions qui ont trait à la grammaire universelle, ou, dans une autre perspective, à l’origine pragmatique de certains traits grammaticaux (Givón 1979). Une analyse historique des théories de la complexification linguistique demeure un sujet ouvert. D’un point de vue historique, on a pu voir des considérations sur la relative complexité des langues se recouper avec des préoccupations dont la perspective était axiologique ou téléologique ; on peut par exemple penser à Jespersen et à son idée que les langues progressent vers l’analycité et l’économie. Qu’il s’agisse de jugements positifs sur la simplicité, ou au contraire, de considérations valorisant la haute complexité, une prise en compte de l’arrière-plan intellectuel est essentielle. On songera par exemple à la conception du langage comme institution servant à des fins pratiques, ou comme un organisme donnant naissance à des formes grammaticales raffinées. Cependant le rapport de ces évaluations avec leur arrière-plan n’est pas forcément simple (McElvenny 2017). Les jugements de complexité apparaissent pour le moins implicites dans les tentatives de création de langues artificielles, auxiliaires ou universelles, ou dans les efforts accomplis pour « améliorer » des langues déjà existantes en les simplifiant, ou en en créant des versions simplifiées dans un but social (cf. le Basic English d’Ogden; McElvenny 2018). De telles entreprises offrent une opportunité supplémentaire d’examiner les traits qui ont été retenus en tant que critères de simplicité. Les propositions pourront traiter des sujets suivants et concerner toutes les périodes et aires culturelles (la liste qui suit ne saurait donc être exhaustive) : Les évaluations en termes de complexité et les diverses notions de complexité (p.ex. complexité « absolue », i.e. en terme de description grammaticale, ou relative à l’utilisateur, en terme de coût de traitement) ; les divers compromis impliqués dans la définition de la complexité ; Les typologies hiérarchisantes, c’est-à-dire les classements des langues selon des traits caractéristiques, par exemple le degré auquel elles possèdent une « forme » grammaticale, ou approchent un « ordre naturel », la relation de tels traits avec des universaux cognitifs, c’est-à-dire l’idée que les langues qui sont cognitivement « naturelles » doivent être plus simples à apprendre et à utiliser pour les locuteurs; L’histoire des conceptions portant sur la complexification (ou simplification) des langues, en phylogénie ou en ontogénie ; Les diverses tentatives de « simplification » des langues ; L’environnement culturel et social et les arguments scientifiques qui ont été propices au rejet des formes de hiérarchisation linguistique en termes de complexité (c’est-à-dire les arguments en faveur de l’idée que les langues sont d’une égale complexité) ; L’échelle analytique / synthétique ; la portée axiologique de cette échelle et ses conséquences pour la conception des langues universelles ; L’évaluation esthétique des langues, entre autres aspects, le potentiel rhétorique offert par leur structure et leur complexité, les avantages littéraires de la complexité, etc. *XXXe Colloque de la Sudienkreis ‘Geschichte der Sprachwissenschaft’, sur la « brièveté » et la « prolixité » dans l’histoire de la pensée linguistique (Octobre 2019, Clermont-Ferrand, France).

Références : Bally, Charles (1932) Linguistique Générale et Linguistique Française. Paris, Librairie Ernest Leroux. Bickerton, Derek (1984). “The Language Bioprogram Hypothesis”, Behavioral and Brain Sciences 7(2): 173-221. Givón, Talmy (1979) On Understanding Grammar. New York / San Francisco / Londres, Academic Press. Jespersen, Otto (1894) Progress in Language. Londres, Swan Sonnenschein & Co. Joseph, John & Newmeyer, Frederick (2012) “ ‘All languages are equally complex’: The rise and fall of a consensus”, Historiographia Linguistica 39(2-3): 341-368. Klein, Wolfgang, & Perdue, Clive (1997) “The Basic Variety (or: Couldn’t natural languages be much simpler?)”, Second Language Research 13: 301-347. McElvenny, James (2017) “Linguistic aesthetics from the nineteenth to the twentieth century: the case of Otto Jespersen’s ‘Progress in Language’.” History of Humanities 2(2). McElvenny, James (2018) Language and meaning in the age of modernism. C.K. Ogden and his contemporaries. Edinburgh, Edinburgh University Press. Miestamo, Matti (2008) “Grammatical complexity in a cross-linguistic perspective.” In Matti Miestamo, Kaius Sinnemäki & Fred Karlsson (eds.), Language Complexity: Typology, Contact, Change. Amsterdam, John Benjamins: 23-41.

Date limite de soumission : 1e juillet 2019

Contact : shesl-htl2020@sciencesconf.org

Site du colloque : https://shesl-htl2020.sciencesconf.org

Frais d’inscription : 50 € (35 € pour les étudiants et précaires) Gratuit pour les membres de la SHESL et les doctorants HTL

Call for papers SHESL-HTL CONFERENCE 2020 Paris, January 23-25, 2020 Simplicity and complexity of languages in the history of linguistic theories The goal of this conference is to explore the ways in which, through the history of linguistic theories, languages have been evaluated in terms of their complexity. Themes As is all too well known, ranking languages was in the past often a way to consolidate nationalist, racist and colonialist prejudices, a dubious pursuit now viewed as conflicting with scientific impartiality. But not all rankings carry the same ideological load nor can they be dismissed out of hand as unscientific. In the past few years, for example, the question of whether languages exhibit different degrees of complexity has been the subject of various papers and meetings (cf. Joseph & Newmeyer 2012; see also the next SGdS conference*). Different ways of evaluating complexity have been adduced so far. As a first approximation, they may be conveniently categorized into two broad classes (Miestamo 2008): “absolute” evaluations are essentially based on the length of grammatical description, while user-relative rankings assess complexity in terms of processing costs, for the speaker or the addressee. Factors which drive simplification or complexification have sometimes be seen to interact in ways which involve trade-offs, such as between distinctness and ease of processing (as in Deutlichkeit and Bequemlichkeit in Gabelentz, McElvenny 2017). Similarly, complexity may arise when prominent tendencies of particular languages are counteracted by expressive and pragmatic purposes, frequency and automaticity, conflicting impulses and various cognitive liabilities (cf. e.g. Bally 1932). There is a long history of the notion that languages evolve from a core that is “simple”, and perhaps universal. Some proposals in this direction have been put forward in Creole and language acquisition studies, in which this core is seen, respectively, as the base from which Creoles are constructed and second language learning proceeds (Bickerton 1984; Klein & Perdue 1997). Such proposals are connected with questions relating to universal grammar, or, from a different perspective, to the pragmatic origin of some grammatical features (Givón 1979). A historical account of theories of linguistic complexification is a subject open to further exploration. From a historical perspective, views on the relative complexity of languages have intersected with concerns sometimes framed in an axiological and teleological perspective. We may think, for instance, of Jespersen’s view that languages progress toward analyticity and economy. Positive judgments on simplicity or, on the contrary, favorable views of high complexity must be understood against their general backdrop, for example the conception of language as an institution serving practical purposes, or as an organism giving birth to grammatically refined forms. However, the relation of evaluations to these general backdrops may not be straightforward (McElvenny 2017). Assessments of complexity are at the very least implicit in some attempts to create artificial, auxiliary or universal languages, or to “redeem” existing languages through simplification, or to create simplified versions for social purposes (cf. Ogden’s Basic English; McElvenny 2018). Such undertakings offer a further opportunity for examining those features which were retained as criteria of simplicity. Proposals may deal with the following topics and concern any period or cultural area (the list is not intended to be exhaustive): The complexity scale and the various notions of complexity that have been adduced so far (e.g. “absolute”, i.e. in terms of grammatical description, or user-relative, in terms of processing costs); the various trade-offs involved in defining complexity; Hierarchical typologies, i.e. rankings of languages according to some criterial feature(s), such as the degree to which they have grammatical “form”, or approach “natural order”; the relation of such features to cognitive universals, i.e. the idea that languages which are cognitively “natural” should be simpler for speakers to learn and to use; The history of conceptions bearing on the complexification (or simplification) of languages, whether in phylogeny or in ontogeny; The various attempts made at “simplifying” languages; The cultural and social environments and the scientific arguments which have been conducive to a rejection of forms of linguistic hierarchization in terms of complexity (i.e. arguments in favor of the idea that all languages are equally complex); The analytic / synthetic scale; the axiological import of this scale and its consequences for the conception of universal languages; The aesthetic evaluation of languages, among other aspects, the rhetorical potential afforded by their structure and their complexity, the literary benefits of complexity etc. *30th Conference of the Sudienkreis ‘Geschichte der Sprachwissenschaft’, on ‘Brevity’ and ‘prolixity’ in the history of linguistic thought (October 2019, Clermont-Ferrand, France). References Bally, Charles (1932) Linguistique Générale et Linguistique Française. Paris, Librairie Ernest Leroux. Bickerton, Derek (1984). “The Language Bioprogram Hypothesis”, Behavioral and Brain Sciences 7(2): 173-221. Givón, Talmy (1979) On Understanding Grammar. New York / San Francisco / London, Academic Press. Jespersen, Otto (1894) Progress in Language. London, Swan Sonnenschein & Co. Joseph, John & Newmeyer, Frederick (2012) “ ‘All languages are equally complex’: The rise and fall of a consensus”, Historiographia Linguistica 39(2-3): 341-368. Klein, Wolfgang, & Perdue, Clive (1997) “The Basic Variety (or: Couldn’t natural languages be much simpler?)”, Second Language Research 13: 301-347. McElvenny, James (2017) “Linguistic aesthetics from the nineteenth to the twentieth century: the case of Otto Jespersen’s ‘Progress in Language’.” History of Humanities 2(2). McElvenny, James (2018) Language and meaning in the age of modernism. C.K. Ogden and his contemporaries. Edinburgh, Edinburgh University Press. Miestamo, Matti (2008) “Grammatical complexity in a cross-linguistic perspective.” In Matti Miestamo, Kaius Sinnemäki & Fred Karlsson (eds.), Language Complexity: Typology, Contact, Change.

Amsterdam, John Benjamins: 23-41.

Deadline for submission : July 1, 2019

Contact : shesl-htl2020@sciencesconf.org

Website : https://shesl-htl2020.sciencesconf.org

Registration fees: 50 € (35 € for the students) Free for the members of the SHESL

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